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De la dépendance émotionnelle à l'interdépendance

Bien souvent, le point de départ d’une démarche spirituelle est la souffrance, la perte de repère, la solitude… L’immense majorité d’entre nous s’est sentie attirée par la promesse d’une autre réalité, plus clémente, plus douce.

Pourtant, si dans un premier temps la spiritualité nous permet de nous sentir mieux, nous n’avons pas réellement changé notre façon de percevoir le monde. Au lieu de cela, nous colorons le monde spirituel à partir de la même perspective qui nous y a menés.

L’un des enseignements les plus courants dans le monde spirituel actuel est l’indépendance et l’autosuffisance émotionnelle : l'on nous dit que nous créons notre propre réalité et que tout vient de nous,  que nous sommes responsables de notre bonheur et  ne pouvons le faire reposer sur autrui, que nous ne pouvons demander à l’autre de nourrir nos besoins…

Bien entendu, il est précieux dans notre expérience du monde de comprendre que nous créons notre réalité. Cela nous permet de reprendre notre pouvoir personnel, de ne plus être victime du monde, de nous sentir responsable de nous-même et de notre bonheur. Mais après un moment, ce sentiment laisse place à un isolement profond et à un certain découragement de devoir y arriver seul.

Ce sentiment de découragement est le plus naturel qui soit car l’indépendance contredit la loi fondamentale de l’Univers qui est que tout est Un, que tout est connecté, que tout est interdépendant.

En réalité, l’indépendance n’est que la première étape face au sentiment d’impuissance que nous avons pu ressentir dans notre enfance ou lors de drames. Mais ce n’est en aucun cas le but d’un chemin spirituel. Car fondamentalement, se percevoir comme indépendant, c’est se percevoir à part du monde, de l’Univers, c’est envisager le monde à travers le filtre de la séparation, c’est en réalité faire le jeu de l’ego. Ce sentiment qui au départ nous permet de reprendre le contrôle de nos vies lorsque nous avons connu l’abus, finit par être destructeur lorsqu’il nous donne l’impression que toute notre vie ne repose que sur nos épaules.

La majorité des enseignants spirituel nous apprennent à devenir totalement indépendant, à être la source de notre bonheur, de notre joie, de l’amour, la paix, la sécurité… Le monde foisonnent de techniques pour y parvenir. Et ils vous diront que c’est le monde de l’Esprit qui leur demande de nous donner cet enseignement. Et ils ont raison.

Car pour la Conscience, pour le monde de l’Esprit, la vérité est relative. Du point de la conscience, tout est vrai, tout existe. La Conscience nous donnera donc l’information qui servira au mieux notre évolution à partir de là où nous en sommes. Si bien que de très nombreux enseignants spirituels reçoivent du monde de l’Esprit des messages dans lesquels est prônée l’indépendance. La vérité est que nous avons une influence sur tout ce qui est et tout ce qui est a une influence sur nous puisque Nous sommes tout ce qui est, que sommes sommes Un avec le Tout et avec le Un.

Lorsque vous recevez l’enseignement que vous ne pouvez être affecté par rien d’autre que vos propre pensées, c’est Vrai. Pourtant, ce n’est pas la seule vérité à prendre en compte. Parce que vous influencez votre réalité et que votre réalité est ce que vous voyez du monde extérieur, ce que vous renvoie le monde extérieur, c’est vous-même. C’est la raison pour laquelle nous sommes influencés par le monde extérieur, que nous sommes affectés par le monde extérieur. Le monde extérieur est nous-même.

Comme je le disais, l’indépendance n’est que la première étape face au sentiment d’impuissance, à cette dépendance de ce qui nous rend malheureux. L’étape suivante est l’interdépendance. C’est à partir de cette étape que nous commençons à expérimenter le monde du point de vue de la Conscience et non plus de point de vue de l’ego.

Tout ce qui existe, existe dans un rapport d’interdépendance. La gazelle dépend des herbes qu’elle mange, le lion dépend de la gazelle. Nous dépendons de notre nourriture, de l’eau que nous buvons, de la vie elle-même. Nous naissons absolument dépendant de nos parents ou des personnes qui prennent soin de nous. Et l’Univers dépend de nous. L’expansion de l’Univers dépend de nos désirs, de nos rêves. Vouloir s’affranchir de cette réalité est un chemin qui mène à  d'avantage de souffrance, d'avantage de séparation. Quand bien même vous devenez un être totalement indépendant financièrement, émotionnellement, vous restez dépendant des sociétés qui fabriquent les objets de votre quotidien, de vos moyens de locomotion, de votre alimentation…

La raison pour laquelle nous nous accrochons farouchement à notre indépendance lorsque nous entamons un chemin spirituel provient de la même raison qui nous a y poussés au départ : enfants, nous avons appris que dépendre des autres étaient source de douleur, de frustration, de souffrance, d’insatisfaction car nos parents n’ont pas répondu présents ou ont répondu négativement. Parce que nous ne nous sommes pas sentis protégés, entourés. Parce que notre confiance a été trompée.

Dès lors, dépendre des autres est devenu le plus grand danger qui soit. Dépendre est alors synonyme d’impuissance.

Mais si nous avons réellement confiance dans le fait que nous créons notre propre réalité, nous ne pouvons qu’avoir confiance dans le fait que nous créerons dans notre vie des personnes sur qui nous pourrons compter, desquelles nous pourrons totalement dépendre.

Dépendre des autres devient alors notre propre création et ne représente alors plus une source de peur, de conflit.

Mais nous ne croyons pas réellement que nous créons notre réalité, aussi utilise-t-on la spiritualité pour nous dénier notre besoin des autres, notre besoin de dépendre des autres. Nous utilisons la spiritualité pour nous couper du reste du monde, pour cesser de souffrir parce que « les autres » sont trop égoïstes, ne sont pas capable de nous aider, risquerait de prendre cela pour de la faiblesse.

Nous nous faisons croire qu’il est plus spirituel de n’avoir besoin de personne, de rien, qu’il est plus spirituel de ne compter que sur nous-même.

La réalité est qu’il n’existe rien ni personne en ce monde qui n’a pas de besoins. Ce ne sont pas les besoins qui occasionnent notre souffrance mais la peur de ne pouvoir les assouvir. Le problème n’est pas d’avoir besoin des autres, le problème est la peur engendrée par le fait de compter sur l’autre car il pourrait nous trahir, nous dominer, nous refuser notre besoin.

Lorsque vous entrez dans la conscience profonde que vous créez le monde que vous expérimentez, vous entrez profondément dans la conscience du Un. Il n’y a plus de séparation entre le monde et vous. Vous pouvez créer un Univers dont vous dépendez puisqu’alors c’est de vous dont vous dépendez. Vous devenez dépendant de votre propre création et dès lors vous êtes en sécurité.

La spiritualité actuelle nous apprend qu’il n’est pas spirituel de vouloir répondre à nos besoins à travers les autres, que Nous devons répondre à Nos besoins à l’intérieur de Nous. Mais cette façon d’envisager le monde, l’est à partir de l’ego, c’est à dire à partir du monde de la séparation. L’autre est nous. Si nous créons un monde où nous ne pouvons compter sur personne sous peine d’être déçus, il s’agit de notre création. Lorsque vous êtes créateur et que vous créez une personne pour répondre à vos besoin, en réalité, vous venez de vous créer en train de répondre à ce besoin. Si vous avez besoin de remplir le vide qui est en vous et que vous avez conscience de l’Unité, vous créerez la personne qui aura à coeur de remplir ce vide.

Nous ressentons tous un vide à l’intérieur de nous. Ce vide provient de la séparation. Mais nous avons tous la capacité de créer un monde dans lequel nous pouvons remplir ce vide. Ce n’est pas en cessant d’avoir besoin de l’autre, ce n’est pas en essayant de remplir ce vide par soi-même. L’interdépendance régit ce monde. Pourquoi chercherions-nous à être à part du monde ?

Dans le monde du Un, vous ne pouvez qu’être dépendant de ce qui est Vous. L’erreur est que nous avons confondu dépendance et impuissance.

Vous ne serez jamais indépendant, vous ne serez jamais séparé du reste de la création. Ce n’est tout simplement pas possible. Le désir qui vibre en chaque être est un désir d’Unité. Personne ne veut être seul, personne ne peut être seul. Nous ne voulons pas l’indépendance que nous croyons vouloir. Nous ne la voulons que lorsque nous avons été blessés. Ce que nous voulons en réalité, c’est ne plus souffrir et nous avons acquis la croyance que c’est par l’indépendance et l’autosuffisance émotionnelle que nous y parviendrons.

Si une personne éprouve le besoin de sécurité, la spiritualité actuelle dira à cette personne, ressens la sécurité en toi. Mais dans l’Univers du Un, si cette personne se sait créatrice, elle attirera à elle une personne qui a le besoin de protéger.

En revanche, si elle se dénie ce besoin, elle cherchera à le combler, consciemment ou inconsciemment, à travers les autres et sera alors attirée par une personne qui a besoin de protection. Très vite la relation sera conflictuelle car aucun des deux partenaires ne remplit le besoin de l’autre.

Ce dont je suis réellement dépendante est ma propre création. J’ai besoin de sécurité, qu’est ce qui m’empêche de créer une personne qui me protègera. En définitive, je me serais créée moi en tant que protecteur de moi-même.

Etre dépendant, en réalité est être profondément confiant. Confiant en notre pouvoir créateur, confiant en l’Univers, confiant en l’intelligence Universelle. Confiant dans le fait que nous sommes Un et que ma création, n’est autre que moi.

Les personnes indépendantes ressemblent en réalité beaucoup au personnes qui se sentent impuissantes car ni les unes, ni les auters ne font  confiance à l’Univers et à leur pouvoir créateur.

Dépendre de l’autre, des autres en toute confiance, c’est véritablement devenir UN.

L’ego a utilisé la spiritualité pour engendrer d’avantage de séparation. Les personnes qui recherchent dans la spiritualité le moyen de devenir indépendants, sont les personnes qui ont le moins confiance dans le fait que d’autres peuvent répondre à leur besoin. Elles ont grandi dans des foyers où leurs parents n’étaient pas attentifs à leur besoin. Les besoins sont alors devenus source d’angoisse et de souffrance. Dépendre des autres est devenu source de douleurs et de peur. C’est la raison pour laquelle, il est leur si bon de devenir indépendantes. A un moment de leur vie, elles n’ont pas eu d’autre choix que de se tourner vers elles-mêmes. Mais ce n’est qu’un pas. Habiter l’Unité, c’est reconnaître notre complète dépendance envers Nous, Nous étant nous et les autres. Les autres étant nous. Vouloir ne dépendre que de soi en tant qu’entité, c’est vouloir se désolidariser du reste de l’Univers, c’est vouloir s’exclure du Un. Ce n’est pas possible. C’est vivre dans l’illusion de la séparation.

Avoir des besoins est naturel. Vouloir répondre à ces besoins est naturel. La seule chose que nous ayons à faire est de nous autoriser ces besoins. Ainsi nous rencontrerons les bonnes personnes au bon endroit. Ce que nous faisons généralement, c’est que nous demandons protection à celui qui a besoin de protection, nous demandons l’amour à celui qui ne sait pas en donner, nous demandons la joie à celui qui pleure. Puis nous souffrons, puis nous croyons qu’il n’est pas possible de les trouver à l’extérieur de nous. Alors qu’en réalité, nous les cherchons au mauvais endroit, auprès des mauvaise personnes.

La seule façon de parvenir à assouvir nos besoins est de les reconnaître et d’être en accord avec soi. Nous rencontrerons alors ceux qui trouvent de la joie dans le fait de nous protéger, dans le fait de nous donner tout leur amour, dans le fait de nous faire rire aux éclats.

Lorsque nous comprenons que nous faisons Un avec tout ce qui est, nous comprenons que nous pouvons créer ce dont nous pouvons dépendre. Cela nous rend à la fois plus fort et interdépendant.

Le temps est venu d’expérimenter l’Unité. Le temps de l’indépendance et de la séparation est révolu. Nous allons vers un nouveau monde et ce nouveau monde ne verra le jour que lorsque nous comprendrons que nous vivons en interdépendance.

Il en résultera plus de joie, plus de partage, plus de Lumière. Chacun se sentira nourri, rempli, utile à ce monde, à l'autre.

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Commentaires

  • Chrsitelle
    • 1. Chrsitelle Le 27/06/2017
    Bonjour Johanna,

    C'est un point de vu intéressant, je n'aurais jamais pensé à ça. Bravo pour prendre le contre pied de tout ce qu'on entend partout.

    Bonne continuation
  • Marie-Thé
    • 2. Marie-Thé Le 19/06/2017
    Bonsoir Johanna,

    En finissant votre article, j'ai poussé un soupir de soulagement. Comme le dit Maud, je n'ai jamais lu ce que vous écrivez ailleurs. C'est un grand soulagement et une réconciliation avec le monde spirituel. Cela doit être magique d'avoir accès à la connexion à laquelle vous semblez avoir accès.
    Merci de partager cela avec nous, de cœur à cœur.

    Très belle soirée Johanna
  • Johanna
    • 3. Johanna Le 26/05/2017
    Merci Maud pour votre commentaire.

    Ce que vous partagez représente ce que j'entends souvent de la part des personnes avec lesquelles je travaille et c'est pour cela que j'ai écrit ce texte. Je suis heureuse qu'il vous parle et vous aide dans votre parcours.
    Je vous souhaite Joie et Lumière,

    Johanna
  • Maud
    • 4. Maud Le 26/05/2017
    Merci pour ce message qui me parle beaucoup. Il tombe a pic dans ma vie et me rassure beaucoup.
    On nous explique en effet tellement que nous sommes responsables de ce qui nous arrive, que notre vie ne dépend que de nous, que nous devons cesser de chercher "à l'extérieur". Cela peut être terrifiant quand nous traversons des choses douloureuses... Et en plus de vivre des épreuves difficiles cela rajoute une dose de culpabilité par-dessus.

    S'accepter et reconnaître ses propres besoins, c'est surement en effet la simplicité dans laquelle se trouve la clé. Je lis beaucoup à propos des ces idées qui ne sont pas si simples à appliquer... Merci d'avoir fait parler ces notions de dépendances et d'interdépendance que je n'avais vu nulle part encore sous cet angle, ça adoucit ma vision des choses, j'espère que cela m'aidera à avancer.

    Belle journée à vous.

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